Un fonds euro en déclin – 30/04/2021

LES FONDS EN EUROS À L’HEURE DU DÉCLIN 

 Sans surprise, les rendements des fonds en euros ont à nouveau reculé en 2020.

Une nouvelle érosion à attendre

De l’avis des assureurs, cette érosion va se poursuivre. Avec des actifs en euros composés à 85% d’obligations, c’est en effet mathématique. Chaque année, les portefeuilles des compagnies perdent des obligations anciennes présentant encore un bon rapport, pour se garnir de titres aux coupons quasi-nuls.

C’est le juge de paix du marché, et aucun assureur ne peut y échapper. Un repère : en 2020, les obligations à 10 ans de l’état français auront rapporté 0,13 % seulement en moyenne. On s’attend à pire pour 2021. Dans ce contexte, jusqu’où ira la baisse des fonds en, euros ? « Si on reste en taux obligataires négatifs, on arrivera sous peu à des niveaux entre 0 et 0,5 % pour un client qui veut faire du 100 % euros, parce qu’il n’est techniquement pas possible de maintenir un taux plus élevé », répond Bernard Le Bras, président du directoire de Suravenir. A comparer au taux de 3 à 4 % attendu par 53 % des épargnants pour un placement sans risques, selon le baromètre de l’épargne de l’AMF (automne 2020). De manière immédiate, il faut s’attendre à une érosion de vingt à quarante centimes des gains en 2021.

Voici donc les assureurs pris en tenaille entre un environnement obligataire très dégradé et des épargnants majoritairement inconscients des rendements réels de l’épargne.

Pire, au milieu du sandwich, la règlementation prudentielle Solvabilité II, édictée par l’Union européenne, est beaucoup trop contraignante pour diversifier des investissements. Bilan : les assureurs tentent de piloter au mieux la collecte sur les fonds en euros, principalement de la limiter, dans l’objectif affiché de préserver la rentabilité des portefeuilles constitués.

Des situations contrastées

Or, premier problème, la collecte sur les fonds en euro reste globalement très élevée. En 2020, les deux tiers des versements des épargnants ont atterri sur le fonds en euros, selon la Fédération française de l’assurance (72 % en 2019). Mais les retraits auront été supérieurs, entrainant une collecte nette négative.

Dans le détail, les situations sont toutefois très contrastées selon les réseaux de distribution. Alors que les banques et mutuelles d’assurances tournent en moyenne à 75 % ou plus de collecte sur le fonds en euros, les conseillers en gestion de patrimoine indépendants et les courtiers en ligne sont à 50 % ou beaucoup moins, descendant jusqu’à 20 % seulement chez certains acteurs du net. L’assurance-vie est tout sauf un marché linéaire ! L’énumération des rendements attribués en début d’année en est une autre illusion éloquente. Derrière le taux moyen de 1,15 %, les fonds en euros font le grand écart. Pour 2020, sur plus de 150 contrats commercialisés, les rendements constatés vont ainsi de 0,5 à 2,75 % nets de frais. Soit un écart de 450 % ! Vous avez dit insignifiant ? Dans ce cadre, les banques (qui tiennent deux tiers du marché) affichent les résultats les plus moribonds, notamment sur leur offre grand public ou sur celle sortie des linéaires commerciaux, avec beaucoup de taux sous les 1 % (avant taxes sociales). Seules deux enseignes surnagent encore : BNP Paribas et le Crédit Mutuel, avec chacune un rendement minimal de 1 %.

A l’opposé, ce sont les contrats des mutuelles qui mènent la danse, au risque d’en payer le prix fort à l’avenir (trop de collectes ?). Les associations d’épargnants autonomes, comme l’Afer, tiennent aussi la barre à un bon niveau mais jusqu’à quand, alors que le niveau des réserves est bas (inférieur à 1 % à l’Afer) ?

Au milieu de ce marché, les grosses enseignes – Allianz, Axa, Aviva, Generali, Swisslife…- alternent le chaud et le froid. Certaines ont volontairement choisi de décrocher, comme Generali dont la direction annonçait la fin du fonds euro « roi » dès l’automne 2019, ou d’afficher des résultats moyens incomparables aux concurrents, comme Allianz, quand d’autres, Axa en tête, continuent de soutenir raisonnablement leur fonds en euros.

Les unités de compte mènent la danse

En réalité, l’affichage des taux s’apparente aujourd’hui à un véritable jeu de quilles. La plupart des établissements attribuent des rendements variables selon la part d’unités de compte (UC) détenues par l’assuré et/ou selon l’encours du contrat. La palme d’or revient à Swisslife qui aura alloué de 0,80 % (moins de 30 % d’UC) à 2,50 % (plus de 60 % d’UC), voire 2,70 % pour les clients ayant plus de 250 000 euros de patrimoine gérés dans la compagnie (2,90 chez les courtiers en ligne).

Voilà 10 ans que l’assureur helvétique (précurseur avec Axa) promeut cette politique. Aux assurés qui prennent du risque en investissant une partie de leur capita sur des UC, nous restituons une partie de notre marge sous forme d’un rendement bonifié, nous dit-elle en substance.

Même philosophie sur le critère de l’encours : gérer un contrat à 100 000 euros coute moins cher que dix contrats à 10 000 euros, d’où un taux bonifié pour les contrats chaudement garnis. Un à un, les bancassureurs adoptent la même stratégie, y compris sur leur gamme grand public. Même les mutuelles d’assurances les plus populaires, comme la Macif, commencent à s’y mettre.

Un marché en pleine mutation

Difficile donc de s’y retrouver tant pour l’épargnant que pour les professionnels. Malmené mais toujours prisé, le fonds en euros est l’objet de tous les habillages. Mais ce n’est qu’une face du décor.