Comment la CIA voit le monde d’après? 12 Mai 2021

Comment la CIA voit le monde d’après

Géopolitique.

Le renseignement américain publie un rapport sombre sur l’horizon 2040.

Joe Biden l’a trouvé sur son bureau à son arrivée à la Maison -Blanche. Tous les quatre ans, après chaque élection présidentielle aux États-Unis, le renseignement américain produit un rapport sur l’état du monde et fournit ses prévisions pour les deux décennies à venir. Sans sa version 2019, le rapport avait mis en garde contre une possible épidémie virale qui apparaitrait en Extrême-Orient et qui se répandrait comme une trainée de poudre sur la planète.

            L’édition 2021, qui vient d’être publiée en Français (Editions des Equateurs), souligne que la pandémie de Covid-19 a causé depuis un an « la plus forte perturbation mondiale depuis la Seconde Guerre Mondiale ». Elle a amplifié et accéléré les effets de bouleversements profonds comme aucune autre génération n’a eu à en affronter en temps de paix : révolution numérique, intelligence artificielle, ingénierie du vivant, réchauffement climatique, dénatalité, se conjuguent pour attiser les tensions dans nos sociétés. Ces tendances créent un contexte géopolitique conflictuel et instable avec lequel il va falloir naviguer à vue ces vingt prochaines années.

            Le « monde d’après » tant attendu se caractérise par des individus hyper connectés mais des communautés fracturées, des identités à fleur de peau, des pressions migratoires inédites, un vieillissement accéléré, un endettement inouï, un système international fragmenté, des acteurs privés et étatiques puissants, un enrichissement généralisé mais inégal et, surtout, une mondialisation qui va se poursuivre de manière chaotique et qui va être de plus en plus marquée par la rivalité entre l’Amérique et la Chine.

EXTRAITS

L’impact du réchauffement

 Au cours des deux prochaines décennies, la croissance démographique, l’urbanisation rapide et la mauvaise gestion des terres et des ressources vont de plus en plus exacerber les effets du changement climatique dans de nombreux pays, notamment dans le monde en développement. (…) Les régions encore tributaires de l’agriculture pluviale seront particulièrement vulnérables : l’Afrique subsaharienne, l’Amérique centrale, certaines zones de l’Argentine et du Brésil, certaines parties de la région andine, l’Asie du Sud et l’Australie. En revanche, certaines régions situées à des latitudes plus élevées, comme le Canada, l’Europe du Nord et la Russie, pourraient bénéficier du réchauffement climatique grâce à l’allongement des saisons de croissance.

Les bienfaits de l’intelligence artificielle

D’ici à 2040, les applications de l’intelligence artificielle (IA), combinées à d’autres technologies, profiteront à presque tous les aspects de la vie : amélioration des soins de santé, transports plus sûrs et plus efficaces, éducation personnalisée, amélioration des logiciels pour des tâches quotidiennes et augmentation du rendement des cultures agricoles. (…). Même si de nombreux développements de l’IA seront disponibles dans le monde entier, les nations ayant les moyens de les soutenir, de développer et d’adopter l’IA dès maintenant bénéficient d’avantages disproportionnés. Une adoption généralisée de l’IA, notamment dans le domaine de la guerre, accroit également le risque de mauvaise utilisation intentionnelle ou d’escalade, ou d’engagement volontaire. (…)

 

Les gouvernements défiés

Les relations entre les États et leurs sociétés dans toutes les régions du monde connaitrons des tensions persistantes en raison du décalage accru entre les besoins ou les attentes des populations et l’offre possible ou voulue des gouvernements. Dans de nombreux pays, les populations dont les attentes ont été exacerbées par la prospérité passée seront confrontées à des tensions et à des perturbations plus vives en raison du ralentissement de la croissance économique., de l’incertitude des perspectives d’emploi et de l’évolution démographique. (…) Individuellement et collectivement, ces pressions mettront à l’épreuve les capacités et la résilience des États, épuiseront les budgets et rendront la gouvernance encore plus complexe. Dans les années à venir, cette inadéquation entre les capacités des gouvernements et les attentes des citoyens risque de s’étendre et d’entrainer une plus grande instabilité politique. On s’attend à voir une division de la société, une hausse du populisme, des vagues d’activisme et de protestation et, dans les cas les plus extrêmes, de la violence, des conflits internes, voire l’effondrement de certains états. (…)

 

L’érosion de la démocratie

La tendance à l’érosion de la démocratie risque de se poursuivre au moins pendant la prochaine décennie, voire plus longtemps. (…) La légitimité à long terme des systèmes démocratiques repose sur deux conditions générales : le maintien d’un processus politique juste, inclusif, équitable, et l’obtention de résultats positifs pour les populations. Répondre aux préoccupations du public concernant la corruption, le monopole des élites et les inégalités peut contribuer à restaurer la confiance du public et à renforcer la légitimité institutionnelle. En outre, le fait de fournir des services efficaces, une stabilité économique et une sécurité personnelle – des avantages historiques pour les démocraties – accroit la satisfaction du public. (…)

 

Les régimes autoritaires vulnérables

Les régimes autoritaires seront confrontés aux mêmes risques que les démocraties, et beaucoup d’entre eux auront des difficultés pour s’y adapter, ce qui rend plus probable un changement soudain et violent de gouvernement après une période d’apparente stabilité. Bien que les régimes autoritaires – de la Chine au Moyen Orient – aient fait preuve de résistance, ils présentent d’importantes faiblesses structurelles : une corruption généralisée, une dépendance excessive à l’égard des matières premières et des dirigeants personnalistes. (…)

 

Le désordre international

Au cours des deux prochaines décennies, l’intensité de la concurrence pour l’influence mondiale devrait atteindre son plus haut niveau depuis la guerre froide. (…) Dans cet environnement mondial plus compétitif, le risque de conflit interétatique et susceptible d’augmenter en raison des progrès technologiques et de l’élargissement du nombre de cibles, de la plus large variété des acteurs, d’une dynamique de dissuasion plus difficile et de l’affaiblissement des traités et des normes. Les armées de s grandes puissances chercheront probablement à éviter les conflits de haute intensité, voire la guerre totale, en raison de leur coût prohibitif en ressources et en vies humaines. Mais le risque d’éclatement de tels conflits à la suite d’une erreur de calcul ou d’un refus de compromis sur des questions fondamentales va probablement augmenter. (…)

 

Le terrorisme a de l’avenir

Les conflits régionaux et intra-étatiques, les pressions démographiques, la dégradation de l’environnement et le recul de la démocratie exacerberont les tensions politiques, économiques et sociales. Les terroristes ont longtemps exploité ces griefs pour gagner des partisans et des refuges pour s’organiser, s’entrainer et comploter. (…) Les groupes djihadistes mondiaux sont susceptibles de constituer de plus fortes menaces transnationales persistantes ainsi qu’un danger dans leur région d’origine. Ils bénéficient d’une idéologie cohérente qui promet un avenir millénariste, de structures organisationnelles solides et de la capacité d’exploiter de vastes territoires non ou mal gouvernés, notamment en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie du Sud. (…) Les progrès technologiques, notamment l’intelligence artificielle, la biotechnologie et la connectivité des objets, offriront aux terroristes la possibilité de mener des attaques de grande envergure en développant de nouvelles méthodes d’attaque à distance et de collaborer au-delà des frontières. (…)

Article du Point du 6 Mai 2021